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Dignité, soutien et droit de vivre : repenser l’aide médicale à mourir au Canada

L’Alliance canadienne de l’autisme et ses membres partout au pays affirment la dignité inhérente, la valeur égale et le droit à la vie des personnes autistes et de toutes les personnes en situation de handicap, comme protégés par la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

En ratifiant cette Convention, le Canada s’est engagé à en respecter les principes dans ses lois et ses politiques publiques. L’article 10 affirme le droit inhérent à la vie des personnes en situation de handicap et exige des États qu’ils prennent toutes les mesures nécessaires pour assurer la jouissance effective de ce droit sur la base de l’égalité avec les autres. L’article 19 reconnaît le droit des personnes en situation de handicap de vivre de façon autonome et d’être incluses dans la communauté, avec accès aux soutiens nécessaires à l’exercice de ce droit.

En mars 2025, le Comité chargé de surveiller la Convention des Nations Unies a officiellement examiné la conformité du Canada. Le Comité a recommandé que le Canada abroge les dispositions de son régime d’aide médicale à mourir qui permettent aux personnes en situation de handicap qui ne sont pas en fin de vie d’y avoir accès (Comité des Nations Unies relatif aux droits des personnes handicapées, 2025). Cette recommandation émane de l’organe international chargé de superviser les obligations du Canada en vertu de la Convention.

L’Alliance canadienne de l’autisme est profondément préoccupée par l’éventuelle expansion de l’aide médicale à mourir aux personnes dont le seul problème médical sous-jacent est une maladie mentale. Les préoccupations soulevées par le Comité des Nations Unies soulignent la nécessité pour le Canada de veiller à ce que les droits des personnes en situation de handicap, l’égalité et la protection de la vie demeurent au cœur des politiques publiques.

Les personnes autistes présentent fréquemment des troubles de santé mentale concomitants tout en faisant face à des obstacles systémiques en matière de soins et d’inclusion (Académie canadienne des sciences de la santé, 2022 ; Lai et al., 2019 ; Weiss et al., 2018). Les recherches indiquent qu’environ 40 à 70 % des personnes autistes connaissent des problèmes importants de santé mentale au cours de leur vie, notamment la dépression et l’anxiété (Kent, Rachel et Emily Simonoff, 2017 ; Lugnegård et al., 2011 ; Pezzimenti et al., 2019). Des études montrent également que les adultes autistes présentent des taux d’idéation suicidaire nettement plus élevés que la population générale (Lai et al., 2023).

Parallèlement, l’accès à des soins de santé mentale adaptés à l’autisme demeure extrêmement limité au Canada. Les longs délais d’attente pour les services, le nombre restreint de cliniciens formés à l’intervention adaptée à l’autisme, les lacunes en matière de logement, d’éducation et de soutien à l’emploi, ainsi que l’insuffisance des programmes de revenu pour les personnes en situation de handicap continuent d’affecter la qualité de vie de nombreux Canadiens autistes.

Les données de Santé Canada montrent qu’en 2024, près de 23 000 Canadiens ont demandé l’aide médicale à mourir et que plus de 16 000 l’ont reçue (Santé Canada, 2025). La même année, l’Association canadienne pour la santé mentale a constaté que 2,5 millions de personnes au Canada n’ont pas pu obtenir les soins de santé mentale dont elles avaient besoin (Association canadienne pour la santé mentale, 2024). Les obstacles structurels qui contribuent à des problèmes de santé mentale répandus, persistants et non traités doivent être éliminés afin de permettre de vivre dans la dignité plutôt que d’envisager une mort prématurée.

Les Canadiens autistes méritent un accès équitable aux soins, au rétablissement et à une pleine inclusion dans la communauté. Les systèmes publics doivent répondre à la détresse par du soutien et des possibilités, et non par la mort assistée en l’absence de soutiens adéquats. La priorité du Canada devrait être de renforcer les systèmes et d’améliorer la qualité de vie, notamment par la mise en œuvre de la Stratégie pour l’autisme au Canada, plutôt que d’élargir les voies menant à la fin de vie.

L’Alliance canadienne de l’autisme demande donc au Parlement d’exclure de façon permanente la maladie mentale comme seule condition médicale sous-jacente admissible à l’aide médicale à mourir et d’investir dans les services de santé mentale, les soutiens aux personnes en situation de handicap, le logement accessible, l’éducation inclusive et des communautés inclusives. Les personnes autistes et toutes les personnes en situation de handicap méritent d’avoir accès au soutien dont elles ont besoin pour vivre dans la dignité.

Académie canadienne des sciences de la santé (2022). L’autisme au Canada : Réflexions pour l’élaboration de futures politiques publiques Croisements entre les données probantes et les savoirs expérientiels. Ottawa (Ontario) : Groupe de supervision de l’évaluation sur l’autisme, ACSS. https://cahs-acss.ca/wp-content/uploads/2022/04/ACSS-Lautisme-au-Canada-Reflexions-pour-lelaboration-de-futures-politiques-publiques.pdf 

Association canadienne pour la santé mentale (2024). L’état de la santé mentale au Canada 2024. ACCS. https://cmha.ca/wp-content/uploads/2024/11/ACSM-Etat-de-la-sante-mentale-2024-rapport.pdf 

Santé Canada (2025). Sixième rapport annuel sur l’aide médicale à mourir au Canada. Santé Canada. https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/publications/systeme-et-services-sante/rapport-annuel-aide-medicale-mourir-2024.html  

Kent, Rachel et Emily Simonoff (2017). Prevalence of anxiety in autism spectrum disorders. In Anxiety in Children and Adolescents with Autism Spectrum Disorder (pp. 5–32). Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-805122-1.00002-8 

Lai, M.-C., C. Kassee, R. Besney, S. Bonato, L. Hull, W. Mandy, P. Szatmari et S. H. Ameis (2019). Prevalence of co-occurring mental health diagnoses in the autism population: A systematic review and meta-analysis. The Lancet Psychiatry, 6(10), 819–829. https://doi.org/10.1016/S2215-0366(19)30289-5 

Lai, M. C., N. R. Saunders, A. Huang, A. Artani, A. S. Wilton, J. Zaheer, S. H. Ameis, H. K. Brown et Y. Lunsky (2023). Self-Harm Events and Suicide Deaths Among Autistic Individuals in Ontario, Canada. JAMA Network Open, 6(8), e2327415. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2023.27415 

Lugnegård, T., M. U. Hallerbäck et C. Gillberg (2011). Psychiatric comorbidity in young adults with a clinical diagnosis of Asperger syndrome. Research in Developmental Disabilities, 32(5), 1910–1917. https://doi.org/10.1016/j.ridd.2011.03.025 

Pezzimenti, F., G. T. Han, R. A. Vasa et K. Gotham (2019). Depression in Youth With Autism Spectrum Disorder. Child and Adolescent Psychiatric Clinics of North America, 28(3), 397–409. https://doi.org/10.1016/j.chc.2019.02.009 

Comité des Nations Unies relatif aux droits des personnes handicapées (2025). Observations finales concernant le rapport du Canada valant deuxième et troisième rapports périodiques. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. https://docstore.ohchr.org/SelfServices/FilesHandler.ashx?enc=ocRsYXC9%2FGrvpTG3x4veme%2BH8Mt42TMT4tQNWbYoA0M6oj6v2Vk4w4wO2SrjPLYnFXHxWdi8MP%2FKv%2Bva0781jA%3D%3D 

Weiss, J. A., B. Isaacs, H. Diepstra, A. S. Wilton, H. K. Brown, C. McGarry et Y. Lunsky (2018). Health Concerns and Health Service Utilization in a Population Cohort of Young Adults with Autism Spectrum Disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 48(1), 36–44. https://doi.org/10.1007/s10803-017-3292-0